S. Saliou


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Il est à la fois derrière le cultivateur, un soufi pour qui l’astrologie et les sciences de la terre n’ont pas de secret. Et son ambition fut de faire de Touba une cité qui s’illustrera par sa lumière, son modernisme, sa présence intellectuelle, l’Islam tout court.

Fils de Sokhna Faty DIAKHATE, Cheikh Saliou MBACKE est né à Diourbel en 1915. Son initiation aux sciences religieuses a été l’œuvre de son oncle Serigne Amsatou DIAKHATE. Il a par ailleurs suivi des cours en arabe et en islamologie à l’Université Al Azar d’Egypte. Son nom qui signifie Vertu est indissociable de l’homme qu’il était. Homme simple et généreux, Serigne Saliou avait réuni toutes les qualités de ses prédécesseurs faisant de lui un ascète et un mufti. Spécialiste du droit islamique, Cheikh Saliou était passionné d’histoire, de géographie, de sciences exactes et d’astrologie.

Cheikh Saliou MBACKE a incarné de très belle manière l’authenticité et l’originalité du Mouridisme. Il a su rehaussé l’impact de la mentalité et de la culture africaine sur la religion musulmane et sur la marche du monde. Cheikh Saliou, dès l’entame de son magistère, a défini les règles de son management de la voie Mouride de façon claire. En substance il avait soutenu qu’hormis l’islam et l’héritage de Cheikhoul Khadim, rien ne saurait retenir son attention et donc ne pourrait faire l’objet d’un quelconque ndigeul ou intervention de sa part.

La connaissance de Dieu par le savoir et à travers ses multiples aspects de la création était la propriété de Serigne Saliou. Ses daaras : khabane, ngote, ndiouroul, ndiapandal, laguène, nguédiane et khelcom sont des centres d’apprentissage du Coran, de la Sunna, des connaissances livresques par excellence pour des milliers de jeunes talibés venus de tous les coins du Sénégal. Il cheminait sur les traces de son père dans le but de défendre et d’être le héraut de l’héritage du Prophète Seydina Mohamed (PSL).

L’activité terrestre de Serigne Saliou n’a laissé aucun moment aux dérives de cette vie. En effet, la discipline et le droit d’ainesse aidant, il destinait toujours le fruit de son travail, productions arachidière et de mil, à celui qui faisait fonction de khalife. Tous les khalifes et fils ou fille de Cheikhoul Khadim portaient dans le cœur Serigne Saliou. Son amour du terroir s’éloigner de la mentalité arabe en montrant tout son attachement au sol, tant du point de vue historique que de son exploitation dans le cadre du travail.

Son ambition pour la cité sainte de Touba l’a conduit à reprendre les travaux d’agrandissement et d’embellissement de la Grande mosquée de Touba, avec un matériau haut de gamme venant quatre coins du monde.

En 1993, il a complètement réfectionné le mausolée de Cheikhoul Khadim, par une entreprise coréenne sur un coût de 313 millions 587 mille 485 FCFA ainsi qu’un projet d’assainissement pour l’évacuation des eaux de l’ordre de 264 millions 664 mille 701 FCFA. En 1994, l’Université islamique entamée par son frère Cheikh Abdoul Ahad MBACKE est achevée. Elle a nécessité une levée de fonds de 637 millions de FCFA. Entamée en 1995, la rénovation de la Grande Mosquée a vu un investissement de l’ordre de 2 milliards 72 millions 400 mille FCFA. En 1998, des infrastructures sanitaires vont voir le jour à l’Université Islamique et à Darou Tanzil pour une valeur de 100 millions de FCFA. Dans la même année, les infrastructures routières vont sortir de terre, désenclavant complètement la ville de Touba, par la réalisation de 13 km de pistes de production et le bitumage de 200 km de rue d’un coût de 10 milliards de FCFA. Toujours dans la même année, la demande de la cité en électricité et en branchement d’eau potable sera prise en compte par l’Homme de Khelcom. Plus de 6 km d’électrification et une adduction d’eau sur plus de 14 km apportaient l’énergie et la vie dans les quartiers périphérique de la ville sainte. Toujours dans sa politique énergétique, Serigne Saliou MBACKE va injecter la somme de 164 millions 334 mille 893 FCFA pour l’installation et la mise en route d’un groupe électrogène dans l’enceinte de la Grande Mosquée. Cheikh Saliou a, par ailleurs, mené une politique d’occupation de l’espace en distribuant près de 104 mille 41 parcelles dont les services de géomètres lui ont coûté 153 millions 358 mille 250 FCFA.

En 2000, il avait entamé un projet d’abattoir où il a investi 137 millions 368 mille 569 FCFA. Ce projet est en cours d’achèvement. Outre sa marche de khalife général des Mourides, Cheikh Saliou participer toujours à l’effort national face aux différentes difficultés que traversait le pays. Il a aidé l’Etat du Sénégal dans la construction de la route Touba-Diourbel à hauteur de 2 milliards de FCFA, les sinistrés de l’accident de la Sonacos à hauteur de 10 millions de F CFA, le téléthon sur le paludisme avec 10 millions de FCFA.

L’activité champêtre était également au cœur de ses activités, montrant ainsi qu’une société en mouvement est une manière d’intégration de l’homme à un ensemble physique, économique et social. Khelcom a été le galbe de ce que devait être la société sénégalaise. Autour de 45 000 hectares, il a implanté 15 daaras fonctionnels à tous points de vue. Il s’est toujours caractérisé par sa neutralité politique et l’autofinancement de ses projets. Il quitta la vie terrestre le 28 décembre 2007 à Touba, laissant derrière lui toute une communauté d’orphelins et d’orphelines. En réalité l’unique dernier fils de Khadimou Rassoul disparaissait de nos yeux à jamais. Cheikhoul Khadim venait de partir une seconde fois !