REPORTAGE SUR LE CAFE TOUBA


Enregistrer au format PDF Version imprimable de cet article Version imprimable envoyer l'article par mail envoyer par mail




Article lu 1637 fois




S’il y a un commerce qui se fraie un passage dans la capitale sénégalaise, c’est bien le café Touba. Aujourd’hui, les vendeurs de ce liquide noirâtre sont visibles dans tous les coins de rue. Une marmite, solidement fixée sur un fourneau, des tasses négligemment accrochées, à une petite corde, une bouteille contenant du sucre, constituent le décor de ces multiples vendeurs de café. « Il m’arrive de vendre jusqu’à une valeur de 5000 francs par jour », précise d’emblée, celui que l’on surnomme Baye Fall. S’il est connu à Hann Mariste, c’est que ce vendeur issu de Touba a érigé ce quartier en lieu providentiel. « Je faisais le tour de beaucoup de quartiers, mais aujourd’hui avec les camions et autres terrains de football, j’arrive à tout écouler dans le quartier », reconnait-il. En effet, avec le kilogramme de café acheté à 1500 francs, il est facile de remplir cinq cafetières. « Chacune d’elles peut rapporter jusqu’à 600 francs de bénéfice », explique Modou Fall, vendeur de café à la Poste de la Médina.

Un bon business que tout le monde semble avoir compris. Des boutiques aux vendeuses de repas, ils s’y sont tous lancés. « À chaque fois les clients me demandaient si j’avais du café, je répondais par la négative, alors un ami qui gère une boutique m’a suggéré de l’essayer, et vraiment je ne le regrette pas », dixit Korka Diallo, boutiquier à Hann Mariste.

Le commerce s’est si bien développé que le boutiquier d’origine guinéenne l’a conseillé à ses frères venus chercher du travail. Aujourd’hui, à l’image des Guinéens, ils sont nombreux les Sénégalais venus de l’intérieur du pays à nourrir leur famille de ce petit commerce. « Je vends du café depuis plus de cinq ans. Au début, les gens étaient un peu réticents à boire ce café pour une raison ou pour une autre, mais aujourd’hui, c’est grâce à lui que je me suis marié et que j’entretiens ma famille. A chaque fin de mois, j’envoie de l‘argent au village et je vis correctement ici », explique Mame Mbaye, installé à l’entrée de l’université de Dakar. « Au début, j’étais venu à Dakar pour voir les possibilités d’aller à l’étranger, en attendant la procédure, je me suis lancé dans le commerce et après une demande de visa qui a échoué, je n’ai plus essayé », révèle-t-il avec beaucoup de fierté. Et notre interlocuteur de lancer un appel aux jeunes. Selon lui, s’il est vrai que trouver du travail est difficile, il n’en demeure pas moins que les jeunes ne veulent pas se fatiguer. « Si des étrangers viennent jusque chez nous pour exercer ce métier, pourquoi pas nous ? », se demande-t-il.

Si d’aucuns se contentent d’acheter le café déjà moulu, d’autres, à côté de la vente de café liquide, offrent aussi du café en poudre, mis en sachet. « Je ravitaille presque tous les vendeurs qui sont dans l’université et il y a des étudiants qui viennent s’en procurer », explique Mame Mbaye.

Aujourd’hui, il n’y a pas que les hommes dans ce commerce. Ceux qui ont l’habitude d’emprunter le croisement Cambéréne ont sans doute remarqué la présence de cette dame, la trentaine. Mariée à un homme qui a perdu la vie dans le drame du Joola, la dame entretient ses quatre enfants que lui a laissés son mari avec son commerce du café. « Je ne peux aller demander de l’aumône, je ne peux pas vendre ma dignité, c’est pourquoi je vends du café, je rends grâce à Dieu, je nourris mes enfants et paye le loyer », explique-t-elle. En vérité, les hommes ne sont pas les seuls à faire ce commerce. Des femmes s’y sont lancées à l’image de Rokhaya Diop qui vend du ’’café Touba’’ depuis six ans.

Source : Dakarmatin.com