Mame Thierno


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Il n’était pas seulement le frère de Cheikhoul Khadim mais il a été aussi l’artisan de la formation de l’élite Mouride. Il s’est singularisé par son charisme et sa mission d’émissaire auprès des autorités coloniales.

Il n’était pas seulement le frère de Khadimou Rassoul, mais il a aussi été, souventes fois, son émissaire auprès des autorités coloniales. Mame Thierno Birahim MBACKE, Ndamal Darou, Cheikh Ibra Faty, Borom Bayti ak maxama, Borom Darou..., les patronymes ne manquent pas à Mame Thierno qui est longtemps apparu, aux yeux de certains, comme le successeur potentiel de son frère, Cheikh Ahmadou Bamba. Il a été souvent son émissaire privilégié auprès des autorités coloniales. Né à Porokhane, dans le Rip, en 1862, fils de Mame Mor Anta Saly et de Sokhna Faty Issa DIOP, il s’occupa de toute la famille du Cheikh, notamment pendant les absences de Borom Touba. Serigne Touba et Ibra Faty sont issues de deux grand-mères qui avaient le même père : Asta Walo, mère de Mariama BOUSSO, et Asta MBACKE, mère de Faty Issa DIOP, sont toutes deux filles de Marame MBACKE.

Sa naissance a donné lieu à une scène extraordinaire, et très significative pour l’avenir. En effet, Mame Mor Anta Saly congratula Cheikhoul Khadim, âgé juste de 10 ans, en ces termes : « Félicitation pour la venue de ce nouveau né car il sera ton bras droit, en qui tu trouveras ardeur et soutien pour le grand projet qui te préoccupe tant ». A douze ans, Ndamal Darou a déjà maîtrisé le Coran et est allé parfaire ses connaissances mystiques auprès de Mor Birama et de Khaly Madiakhaté KALA. Sa formation fut complétée par Cheikhoul Khadim en lui octroyant des dons qu’il n’a jamais attribués à personne d’autre. On le décrit comme une forte personnalité sans défaut, courageux comme un lion, honnête et véridique. Son attachement à son frère et aux valeurs de l’Isma est sans limite. Il assuma toutes les responsabilités familiales et confrériques quand le Cheikh fut en exil, sans un fil d’irrégularité ou de négligence.

Sa piété était irréprochable. Il soutient qu’il ne se souvenait pas une seule fois d’avoir fais le « Tayamoun ». Il faisait toujours ses ablutions avant de prier et quelque soient les circonstances, sauf la maladie. Mame Thierno était aussi, le porte parole, chargé de transmettre les recommandations les plus importantes aux talibés. Parmi ces recommandations, cette fameuses correspondance de Cheikhoul Khadim : « aujourd’hui, occupe toi (Mame Thierno) en permanence de prières et de wird et ordonne à tous les disciples de s’efforcer à remplir leurs devoirs envers Dieu et d’abandonner toute autre chose. Ordonne aux grands disciples (les Cheikhs) de rester chez eux et de ne pas faire trop de déplacements (à la recherche de hadiya). Celui qui a besoin peut se déplacer pour y subvenir. Sinon, il doit rester à sa place. Ordonne aux femmes de s’acquitter de la prière et de faire du bien autant qu’elles œuvrent. Ordonne aux enfants de s’appliquer à la lecture du Coran en vue de le savoir par cœur. Paix, Miséricorde de Dieu et sa bénédiction sur vous ».

Mame Thierno fonda plusieurs villages dans le Cayor où l’on produisait plusieurs tonnes de mil et d’arachide destinées à la famille du Cheikh. Parmi ces villages on note Darou Moukhty, Kosso et Thioukoly. Mame Thierno Birahim MBACKE mourut au mois d’août 1943 à Darou Moukhty, village qu’il fonda sur ordre de Serigne Touba en 1912.

MAME CHEIKH ANTA MBACKE (1865-1941)

Surnommé l’éternel agitateur du Baol, à cause de ses démêlés avec l’administration française, Mame Cheikh Anta MBACKE est le frère paternel de Cheikh Ahmadou Bamba. Il est le deuxième fils de Sokhna Anta NDIAYE et fut l’un des pionniers qui ont vu naître et vulgariser le Mouridisme.

De son nom arabe Mouhamad Ibn Moctar Ibn Abiballah ou Sidy El Moctar, Cheikh Anta est né à Porokhane en 1865. Fils de Momar Anta Saly et de Sokhna Anta NDIAYE, il fit ses humanités auprès de Serigne Mas, Serigne Niang, Serigne Matar Ndiaye, Serigne Ndame Abdourahmane Lo, Serigne Mor SECK de Thioumboulène et Serigne Mame Mor Diarra. Mais une partie importante de son éducation fut entièrement à la charge de son grand-frère Cheikhoul Khadim. A la disparition de Mame Mor Anta Saly, Cheikh Anta fait acte d’allégeance à son frère, orienté par sa mère Sokhna Anta NDIAYE dont la conversation entre son époux et Serigne Touba était tombée sur ses oreilles.

L’œuvre religieuses de Borom Gawane peut se résumer à « former l’homme et le mettre sur la voie de l’épanouissement et d’assistance à la communauté ». Mame Cheikh Anta MBACKE a démultiplié l’enseignement de Serigne Touba, organisant ainsi ses talibés en daaras productifs et prospères. Il a acquis, au cours de son existence, une fortune mise exclusivement au service du Mouridisme. La Baraka et les prières de Serigne Touba, son flair, son sens des affaires et le fait de suivre l’actualité et le développement économique lui ont valu beaucoup de succès dans le cadre de ses activités et de ses rapports avec les décideurs de l’époque. Son attachement et son amour envers Cheikhoul Khadim n’avaient pas de limites. Cheikh Anta fut, avec Balla Thioro, un des disciples qui a suivi les traces du fondateur du Mouridisme en le trouvant à Lambaréné, au Gabon, en 1899.

Admiré et animé d’une volonté de servir Cheikh Ahmadou Bamba, le développement de ses affaires, ses déplacements fréquents à travers le pays, en Syrie, en Egypte et la sous région lui ont, sans doute, valu d’être sous l’œil de l’autorité coloniale d’alors. En 1912, les exactions de l’autorité vont se faire sentir. En effet, un procès va l’opposer à celle-ci au sujet de sa nationalité. Il été accusé d’avoir falsifié sa date et son lieu de naissance, d’avoir refusé d’obtempérer aux droit de douane. Ces accusations gratuites et non fondées ne répondaient pas à l’éducation reçue de Cheikhoul Khadim Ahmadou Bamba, de sa démarche et des actes qu’il avait posés jusque là.

Après un voyage qu’il effectuera en terres gambiennes, Mame Cheikh Anta fut accusé pour « fraudes douanières et liaisons avec un pays étranger sans autorisation de l’ »administration française ». Il fut arrêter le 29 janvier 1930 et mis en résidence obligatoire à Saint-Louis. Sa déportation au Soudan Français fut décidée après 8 mois de détention, le 13 octobre 1930, et ce jusqu’à 1934. Mame Cheikh Anta MBACKE quitta ce bas-monde le jeudi 10 mai 1941 et repose à Darou Salam, précisément à l’emplacement où il avait reçu Cheikhoul Khadim de retour du Gabon en 1902. Sa vie et son œuvre constituent, aujourd’hui, un bréviaire pour l’ensemble des talibés, tant par son abnégation dans la foi et sa détermination à servir Cheikh Ahmadou Bamba.